Reportage

Des seniors sur les bancs de l’auto-école

Le 17/01/2015 à 07:41:20
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Réviser le code et checker sa conduite, c’est ce que proposent aux seniors certaines autoécoles du réseau École de Conduite Française. Un bon moyen de se remettre à niveau.

C’est une question d’autonomie plus que de fierté. Les seniors sont attachés à leur permis de conduire pour continuer à vivre normalement ou presque. La plupart d’entre eux adaptent spontanément leur conduite à leur capacité physique : de moins en moins de longs trajets et peu ou pas de route la nuit. En ce mardi radieux, ce sont des seniors alertes et responsables qui se rendent dans une auto-école parisienne pour évaluer leurs connaissances du code et leur aptitude à la conduite. Une dizaine de personnes, dix hommes et deux femmes, se retrouvent ainsi sur les bancs de l’auto-école pour réviser ce qu’ils ont appris il y a des lustres et découvrir de nouveaux panneaux et de nouvelles règles.

Réviser son code

Marie-Louise, 83 ans, s’est inscrite à cette journée de sensibilisation proposée par l’École de Conduite Française sur les conseils de sa petite-fille qui vient juste de décrocher son permis. « Ce qui m’intéresse surtout, ce sont les nouveaux panneaux, confie-t-elle. Je ne savais pas, par exemple, que les informations sur des fonds de panneaux jaunes signifient que l’information est temporaire et que sur fond blanc, elle est définitive. De la même façon, je n’étais pas certaine de la manière dont on doit prendre les ronds-points. Quand j’ai passé le permis en 1959, les ronds-points n’existaient presque pas. J’ai toujours une appréhension à me placer au centre pour me rabattre vers l’extérieur au moment de tourner », se souvient celle qui a passé son permis à une époque où le code se checkait directement au volant, où l’on pouvait passer le permis avec son propre véhicule.

Maurice, 71 ans, lui, voudrait s’assurer qu’il comprend bien les panneaux postés Porte Dorée ou Porte de Vincennes concernant la circulation des tramways : « C’est l’angoisse lorsque l’on est bloqué sur les voies et que le tramway arrive ». « Pas de panique, rassure Ariane la monitrice, le tramway vous indique par un signal sonore que vous devez dégager la voie, mais il a aussi la possibilité de ralentir ou de s’arrêter. »

Avoir conscience de ses faiblesses

C’est avec délicatesse que la monitrice poursuit la matinée et explique qu’au-delà de la connaissance des règles du jeu, il y a un impact de la dégradation physique sur la qualité de la conduite. « Il faut savoir qu’à partir de 45 ans, le temps de récupération de la vue, après un éblouissement, augmente. Chez les personnes les plus avancées en âge, cela peut atteindre une minute, ce qui est énorme. Heureusement qu’il existe, même si c’est très peu connu, des lunettes avec des verres jaunes pour corriger ce défaut. Car rouler sans rien y voir pendant un long moment, c’est dangereux. » Un danger que l’auditoire reconnaît : nombreux sont ceux qui ne conduisent déjà plus la nuit.

Nicole, 80 ans passés, reconnaît qu’elle a changé sa conduite. Elle qui adorait la vitesse a commencé à respecter les limitations il y a une petite dizaine d’années seulement. Rappelons au passage que les seniors n’ont pas une conduite plus accidentogène que les autres. Les jeunes sont toujours les premiers « bourreaux » de la route. « Mais à gravité égale, un accident impliquant une personne âgée se révèle souvent plus tragique, car les capacités de récupération sont plus longues, voire difficiles. En bref, on s’en remet moins facilement, » explique Christelle Oberholz, directrice générale de l’École de Conduite Française de Lyon Bron et responsable nationale du dossier Senior.

La vue n’est pas le seul sens entamé par l’âge. Le port d’appareils auditifs de qualité est vivement recommandé pour entendre les deux roues qui déboulent de l’angle mort sans prévenir. L’auditoire apprend aussi qu’il faut décaler la prise de médicaments comme les hypotenseurs afin de minimiser les effets secondaires, notamment la somnolence au volant. Et qu’il faut aussi différer son trajet après un bon repas. La digestion s’accompagnant souvent de picotement dans les yeux et de bâillements, bref d’une fatigue au volant.

Traquer les mauvaises habitudes

Quant aux difficultés liées à la motricité, c’est en direct que les seniors réunis ce jour-là pourront les évaluer. Daniel, 70 ans et le permis en poche depuis 1974, grimpe dans une Clio de l’auto-école. Le moniteur lui demande s’il est bien installé. Contrairement à ce qu’il pense, il ne l’est pas. Le verdict du moniteur est clair : « Vous êtes trop enfoncé dans votre fauteuil, vous manquez de visibilité, rehaussez votre siège. Lorsque vous appuyez sur l’embrayage, votre jambe doit être légèrement fléchie. »

Carton rouge quand il s’agit ensuite de sortir de la place de stationnement : Daniel vérifie dans le rétroviseur qu’il n’y a personne derrière. Insuffisant pour le moniteur qui rappelle qu’il faut se retourner vraiment pour bien voir ce qui se passe derrière. « Je suis conscient du problème, s’excuse Daniel, il y a à peine un an, je me retournais comme il faut, mais maintenant j’ai trop mal à la nuque. C’est devenu trop difficile pour moi ». Le moniteur lui livre une astuce : ne pas tourner la tête seulement, mais faire pivoter l’ensemble du bassin. Daniel ne semble pas convaincu. Il prend ensuite la route en ville, refuse à un piéton engagé sur le passage clouté le droit de passer. De quoi rater son permis ! Une fois, deux fois, la troisième fois, il respecte enfin le code.

Quant à la maîtrise des distances de sécurité, ce n’est pas gagné. « Il faut voir les deux roues arrière du véhicule de devant et un bout d’asphalte », souligne le moniteur. Daniel essaie de se justifier en disant qu’il s’agit d’une conduite à la parisienne. Ce qui laisse le moniteur dubitatif qui lâche : « le Code de la route est le même à Paris qu’à Lyon » !

Lire aussi : 9 questions sur le permis de conduire

Par Alexandra Da Rocha

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