Enquête

Retards de loyers : la galère des propriétaires en résidence de tourisme Odalys

Le 30/03/2013 à 08:17:31
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Souvent pour profiter d’une défiscalisation, de nombreux particuliers ont investi dans des logements en résidence de tourisme Odalys. Mais leurs loyers tardent à arriver chaque trimestre, les mettant en difficulté face aux remboursements mensuels de leurs crédits bancaires. Quelle est la situation exacte d’Odalys et quelles alternatives s’offrent aux petits investisseurs ?

Comme de nombreux Français, Denis souhaitait investir dans l’immobilier pour profiter d’une retraite paisible. En 2000, sur les conseils de son banquier, il devient propriétaire d’un appartement Odalys, un exploitant spécialiste dans les locations de vacances. Le classement de son nouveau logement en tant que résidence de tourisme lui octroie des avantages fiscaux comme le remboursement de la TVA. Les loyers perçus chaque trimestre lui permettent de rembourser son prêt. En plus, la société Odalys s’occupe de tout : gestion des locataires, loyers… Bref, la belle affaire pense-t-il ! Pourtant, aujourd’hui, ce retraité regrette son choix. Comme de nombreux autres propriétaires.

En effet, beaucoup se sont plaints sur notre forum de retards dans la perception de leurs loyers. Denis les a toujours reçus avec un mois de retard. Depuis deux ans, les retards atteignent même quatre à cinq mois. Alors qu’au départ, cet investissement devait lui permettre « d’être tranquille », les intérêts qu’il doit payer chaque mois à la banque provoquent au contraire l’inquiétude au sein de son foyer. Même s’il a toujours perçu son loyer, il se dit scandalisé par ces procédés : « Si je n’appelle pas le service Propriétaires d’Odalys, je ne reçois pas mon loyer ».

« Ma femme a vu une annonce dans le programme TV, nous sommes tombés dans le piège »

En neuf ans, les loyers d’Anne, propriétaire d’un appartement à la résidence L’écrin des neiges à Valmeinier, ont toujours eu du retard, et n’ont jamais été versés si elle n’appelait pas Odalys, qui est d’ailleurs « difficilement joignable », remarque-t-elle. Lorsque son bail est arrivé à son terme, elle a voulu se défaire de son bien. N’ayant pas réussi à le vendre, elle a renouvelé son bail pour neuf années supplémentaires. En plus d’une baisse de loyers de 20 %, elle s’est retrouvée durant six mois sans aucun versement d’Odalys : le bail est passé de paiement à terme d’avance à un paiement à terme échu, elle a donc perçu son loyer à la fin du trimestre.

Elle se souvient qu’on lui avait vendu le projet comme quelque chose de magnifique, prétextant qu’il y aurait seulement un petit différentiel tous les mois. Or ce différentiel est aujourd’hui de plusieurs mois et elle ne peut plus faire face au remboursement de ses crédits. « Ils se servent de nous (les propriétaires), déclare-t-elle […] Ils disent que notre résidence est déficitaire pour revoir les loyers à la baisse mais beaucoup d’autres résidences sont largement bénéficiaires ».

Alain, lui, a acheté une maison dans le Sud de la France en 2008. Il n’a jamais eu de sérieux problèmes de retards, toutefois il a été témoin d’irrégularités. Dès la première assemblée générale de sa résidence, il s’aperçoit que tous les propriétaires ne sont pas convoqués, et que le budget est voté sans eux. Il décide donc de se présenter en tant que président du syndicat des propriétaires. Trois ans après avoir été élu, Odalys lui annonce qu’il rompt le bail locatif. « J’étais trop gênant ».

Il fait alors appel à un particulier pour s’occuper de la location et conteste au Fisc le remboursement des taxes. Il perd en effet le classement en résidence de tourisme si un seul exploitant n’assure pas les services hôteliers standards, et doit rembourser la TVA qu’il a récupérée. À ce jour, il n’a toujours pas de nouvelles du centre des impôts. Alain avoue regretter son choix : « Ma femme a vu une annonce dans le programme télé […] Nous sommes tombés dans le piège de l’investissement ». Encore président du syndicat, il continue à dénoncer les loyers payés à temps à certains et pas à d’autres : « Diviser pour mieux régner »…

Les témoins se multiplient et tous se plaignent d’un manque de communication de la part d’Odalys. L’entreprise chercherait-elle à camoufler des difficultés financières ?

Par Charlotte Loisy

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