Climat : 2016, l’année de tous les records

Publié le 21 mars 2017 à 18:59 Aujourd'hui | 1060 vues

Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), 2016 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée. Et son rapport, publié ce mardi 21 mars, ne présage rien de bon pour 2017.

Température moyenne record, fonte de la banquise, hausse du niveau de la mer et du réchauffement des océans… L’année 2016 « restera dans les annales », estime l’Organisation météorologique mondiale (OMM) qui vient de publier sa déclaration annuelle sur l’état du climat mondial. Celle-ci sera présentée aux États Membres de l’Organisation des Nations Unies ainsi qu’à la communauté des climatologues lors d’une réunion sur le changement climatique et le programme de développement durable qui se tiendra à New York le 23 mars, à l’occasion de la Journée météorologique mondiale

L’agence spécialisée de l’ONU le confirme, 2016 a bien été celle de tous les records. « La hausse de la température par rapport à l’époque préindustrielle atteint, chose remarquable, 1,1 °C, soit 0,06 °C de plus que le record précédent établi en 2015. Cette augmentation de la température moyenne s’inscrit dans la logique des autres changements intervenant dans le système climatique», a souligné le secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas, dans un communiqué. « Les concentrations de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère ne cessent de battre de nouveaux records, ce qui atteste de plus en plus clairement de l’influence des activités humaines sur le système climatique », a-t-il ajouté. Le rapport indique que la teneur atmosphérique du dioxyde de carbone (le plus important gaz à effet de serre), a atteint la barre symbolique des 400 parties par million (ppm) en 2015, dernière année pour laquelle l’OMM dispose de statistiques mondiales. Selon les experts, le taux « ne redescendra pas en dessous de ce seuil pour les nombreuses générations à venir en raison de la longue durée de vie du CO2 ».

Hausse des températures et du niveau de la mer

El Niño, un phénomène naturel qui revient en général tous les trois à sept ans et qui est marqué par un réchauffement des eaux du Pacifique, a été particulièrement « puissant » en 2016. Il a accentué le réchauffement « en venant s’ajouter à l’influence exercée sur le long terme par le changement climatique provoqué par les émissions de gaz à effet de serre », souligne l’OMM.

La chaleur de 2016 a été observée presque partout dans le monde. « Les températures ont dépassé la normale de la période 1961‑1990 sur l’immense majorité des terres émergées, une zone de l’Amérique du Sud centrée sur l’Argentine et certaines régions du sud-ouest de l’Australie constituant les seules exceptions notoires », note l’OMM. Sous les hautes latitudes, des températures annuelles moyennes supérieures de 3°C ou plus à la normale de référence ont été notamment constatées sur le littoral russe, en Alaska et dans l’extrême nord-ouest du Canada ainsi que sur les îles de la mer de Barents et de la mer de Norvège. Des records de chaleur ont également été observés, notamment au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. « La plus haute – 54,0 °C – a été enregistrée à Mitribah (Koweït) le 21 juillet, ce qui représente, à condition qu’il soit validé, un record de chaleur absolu pour l’Asie ».

La température de surface de la mer a été la plus élevée jamais constatée. Selon l’OMM, « les températures océaniques très élevées ont favorisé un fort blanchissement des coraux, et des cas de mortalité ont été signalés à maints endroits dans les mers tropicales, où les répercussions sur les chaînes alimentaires et les écosystèmes marins, de même que sur les activités de pêche, sont importantes ». En novembre 2016, le déficit de banquise au niveau mondial affichait 4 millions de kilomètres carrés, « une anomalie sans précédent pour ce mois », estime l’OMM.

Le niveau de la mer a augmenté de 20 centimètres depuis le début du XXsiècle, principalement en raison de la fonte des glaciers et des calottes glaciaires. « Il a accusé une très forte hausse lors de l’épisode El Niño 2015/16, environ 15 millimètres entre novembre 2014 et février 2016, soit une nouvelle valeur record nettement supérieure au rythme annuel de 3 à 3,5 mm constaté après 1993 », note l’OMM.

« Nous avançons maintenant en territoire inconnu »

L’année 2016 a été touchée par de nombreux phénomènes extrêmes. De graves sécheresses ont plongé des millions de personnes dans l’insécurité alimentaire en Afrique orientale et australe et en Amérique centrale. De violentes tempêtes sont aussi survenues. L’ouragan Matthew a durement éprouvé la population d’Haïti et causé d’importantes pertes économiques aux États-Unis. L’est et le sud de l’Asie n’ont pas été épargnés par de fortes pluies et des inondations de grande ampleur. « En Chine, les inondations de 2016 dans le bassin du Yang-Tsé-Kiang ont été les plus graves que le pays ait connues depuis 1999, des crues record ayant été enregistrées pour certains affluents. Moyennées à l’échelle du pays, les précipitations en 2016 ont battu tous les records – 730 mm, soit 16 % de plus que la normale ».

L’agence prédit la poursuite des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes en 2017.  En s’appuyant sur des études récentes, elle affirme que le « réchauffement des océans pourrait être encore plus prononcé qu’on ne le croyait ». Le début de l’année 2017 est déjà alarmant « alors même que le puissant Niño de 2016 s’est dissipé », souligne le directeur du Programme mondial de recherche sur le climat, David Carlson. « Nous assistons aujourd’hui à d’autres bouleversements dans le monde que nous sommes bien en peine d’élucider : nous touchons ici aux limites de notre savoir scientifique concernant le climat et nous avançons maintenant en territoire inconnu », souligne-t-il.

Au cours de l’hiver, l’Arctique a connu l’équivalent polaire d’une vague de chaleur, selon l’OMM. D’après les conclusions des chercheurs, les changements observés dans l’Arctique et la fonte de la banquise entraînent, à plus grande échelle, une modification des régimes de circulation océanique et atmosphérique, ce qui se répercute sur les conditions météorologiques dans d’autres régions du monde.

Des régions comme le Canada et une grande partie des États-Unis ont été gratifiées d’une météo inhabituellement clémente alors que d’autres, dans la péninsule arabique et en Afrique du Nord par exemple, ont enregistré début 2017 des températures anormalement basses. « Les États-Unis d’Amérique ont pulvérisé – ou égalé – à eux seuls 11 743 records de chaleur en février, d’après les données de l’Administration américaine pour les océans et l’atmosphère (NOAA) », détaille l’OMM.

« L’entrée en vigueur, le 4 novembre 2016, de l’Accord de Paris sur le climat au titre de la CCNUCC fera date dans l’histoire. Il est primordial que cet accord se traduise concrètement dans les faits pour que la communauté internationale puisse faire face au changement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, en favorisant la résilience au changement climatique et en intégrant les mesures d’adaptation dans les politiques nationales d’aide au développement», a fait valoir M. Talaas.

Marine VAUTRIN

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