Les feuillus français sont toujours sous-exploités

Publié le 13 octobre 2017 à 12:58 Aujourd'hui | 1348 vues

Trop de feuillus et pas assez de résineux dans nos forêts françaises ainsi qu’une mauvaise exploitation de tout ce bois. C’est ce que révèle un rapport de l’Association française des eaux et forêts, publiée le 12 octobre 2017. 

La forêt française est le troisième massif forestier d’Europe, juste derrière la Suède et la Finlande. Sa superficie a même doublé en près de 200 ans. Pourtant, elle est trop peu utilisée. Cette dernière est composée de 72% d’arbres feuillus (chênes, hêtres) et de 28% de résineux (sapins, épicéas). Malgré sa forte concentration, les feuillus ne représentent qu’un quart des récoltes contre trois quarts pour les résineux. Ces derniers sont en effet très prisés depuis près d’un siècle car très faciles à travailler et peu coûteux. Dans un rapport de l’Association française des eaux et forêts (AFEF) publiée le 12 octobre, Jean-Marie Ballu dénonce cette ineptie et souhaite qu’on scie davantage de feuillus, tout aussi solides, à défaut de voir disparaître les résineux exploitables d’ici 2050. Ce rapport fait suite à deux autres réalisés en 2007 et 2009 qui tiraient déjà la sonnette d’alarme sur ce phénomène tout en proposant des mesures afin de sortir de cette impasse.

Des feuillus beaucoup trop chers

« Cette forêt feuillue produit du chêne et il n’est plus demandé actuellement, beaucoup moins qu’autrefois. Donc le hêtre et le chêne ne se vendent pas. En revanche, on nous réclame du résineux, et nous n’avons pas de baguette magique pour transformer ces feuillus en résineux », explique Jean-Marie Ballu. Comme la demande globale concerne davantage les résineux, la France est donc obligée d’importer, faute de bois suffisant sur le territoire, « avec le bilan carbone qu’on imagine », déplore l’ingénieur général honoraire des Ponts, des eaux et des forêts. Pourtant ce n’est pas le bois qui manque en France. « Environ la moitié de la production de la forêt n’est pas exploitée ! Autrement dit, on pourrait scier deux fois plus de bois », s’énerve l’ingénieur. « Faute d’une réaction, on va vers un abandon de la dimension économique de la forêt française, s’en remettant pour cela aux forêts étrangères », ajoute-t-il. Il serait donc urgent de relancer ce marché sachant qu’il « faut environ 35 ans pour qu’un Douglas [résineux] mis en terre aujourd’hui donne un arbre exploitable », rappelle Jean-Marie Ballu.

C’est le prix qui rendrait les résineux plus attractifs. Comptez 570€ le mètre pour du sapin contre 2 600€ pour du chêne, explique Bertrand Blaszczyk, courtier en bois. Concernant l’utilisation de feuillus, la France est l’un des premiers producteurs de tonneaux de vin en bois de chêne. Cependant, elle n’utilise pas la totalité de ses ressources. Le pays se cantonne à la fabrication de meubles d’ébénisterie. La sous-exploitation de ces arbres a également un impact sur l’environnement. Peu sciés, les feuillus vieillissent et donc absorbent moins le CO2 que des arbres plus jeunes.

Revaloriser la production de feuillus

Selon le rapport, la situation actuelle n’est pas une fatalité. Des solutions existent. Tout d’abord, l’ingénieur propose de planter davantage de résineux (pins, Douglas, sapins, etc). Il conseille également de moderniser les filières forestières et industrielles du pays afin de rattraper le retard qu’a la France par rapport à ses voisins européens, comme la Suède ou l’Allemagne. « On peut structurer la filière de manière à proposer des tarifs compétitifs », assure Jean-Marie Ballu.

La solution la plus simple et évidente serait de tirer davantage profit des feuillus qui sont des bois d’excellente qualité. « Local, moins cher et aussi joli, le châtaignier remplace avantageusement le teck et les essences tropicales pour les terrasses », suggère Bertrand Blaszczyk au Parisien. D’ailleurs, Jean-Marie Ballu propose de créer un fonds de reboisement et d’adaptation climatique (Frac). Financé par les industriels de la construction et les grands énergéticiens, ce fonds permettrait d’investir dans de nouvelles scieries. Le rapport de l’ingénieur préconise également de redonner envie aux consommateurs de se tourner vers des meubles en chêne ou châtaignier. Habituellement, les feuillus prennent la direction de la Chine pour revenir en France sous forme de parquet. Une revalorisation des feuillus pourrait donc favoriser l’économie française mais aussi les produits made in France.

Marie Bascoulergue

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