L’Everest est devenu la plus haute poubelle du monde

Publié le 28 juin 2017 à 18:03 Aujourd'hui | 1919 vues

Partie en avril nettoyer le plus haut sommet du monde, l’équipe française de l’association Montagne et Partage est enfin revenue. Et les conclusions sont alarmantes. Au total, plus de 5,2 tonnes de déchets ont été récupérés. 

On vous en parlait en avril dernier, ici. Une équipe de Français est partie en expédition afin de nettoyer l’Everest, devenu une véritable poubelle à ciel ouvert. Les conclusions de ces alpinistes aguerris font froid dans le dos. L’équipe, composée de seize Sherpas et de plusieurs alpinistes , a collecté plus de 5,2 tonnes de déchets de toutes sortes. « Nous avons tout d’abord été très surpris par l’énorme quantité de déchets rejetés par la cascade de glace et récupérés au pied du passage obligé et périlleux qui conduit aux camps supérieurs », indique Gérard Clermidy, président de l’association Montagne et Partage, dans le rapport de l’expédition.

« On s’attendait ce printemps à trouver une situation dégradée et très polluée au camp 2 à 6400 mètres d’altitude car celui-ci sert de camp de base avancé dans la progression vers le sommet, et les alpinistes y passent souvent beaucoup de temps en acclimatation. Nous n’avons pas été déçus », s’indigne Gérard Clermidy. Pire, le camp 4, le plus haut de l’Everest situé au col sud, est devenu  « un vaste champ d’immondices », où il devient difficile de « trouver un espace intact ».

Les déchets collectés

Les déchets collectés lors de l’expédition ont été soigneusement analysés par les équipes. Les deux tiers d’entre eux (environ trois tonnes) étaient non biodégradables. Ces déchets recyclables étaient constitués de débris d’échelles en aluminium, de pieux, d’arceaux et de sardines, de boîtes de conserve, de canettes, d’ustensiles de cuisine, de bouteilles d’oxygène ou encore de cartouches de gaz. Des objets aussi hétéroclites que divers ont été retrouvés : matériel radio, bâtons de skis, crampons, lampes, etc. L’équipe d’alpinistes a même retrouvé les restes d’un hélicoptère russe qui s’était écrasé dans les années 2000.

Tous les déchets ont été acheminés comme prévu. Pour cela, plus de cinquante yaks ont été mobilisés. Une fois arrivés à Syangboché, les détritus ont été envoyés à Paphlu, puis transférés jusqu’à Katmandou. De là, ils ont été remis à un trader en métaux et envoyés dans la province du Bihar en Inde, afin qu’ils soient recyclés. Quant aux autres déchets, ils ont été collectés par le SPCC (Sagarmatha Pollution Control Center) et incinérés dans la vallée à Namche Bazar. Parmi ces détritus : des cordes en nylon, des toiles de tentes, des vêtements, des chaussures usagées, des objets en plastique, des emballages alimentaires et pharmaceutiques et des cartons.

Une seule catégorie de déchets a été isolée pour sa dangerosité. Il s’agit des piles au lithium et des batteries. C’est plus de 25 kg de ces déchets hautement nocifs qui ont été extraits de la montagne et rapatriés vers la France, afin qu’ils finissent dans un centre de recyclage approprié.

Accumulation des déchets, à qui la faute ?

Selon l’association, ce sont les comportements des individus qui seraient la première source de pollution sur le sommet. Les alpinistes sont de plus en plus nombreux, et ce, malgré les coûts exorbitants qu’il faut engager dans une expédition commerciale sur l’Everest. Il faut compter entre 30 000 et 100 000 dollars par personne, selon les agences. Les Sherpas et autres travailleurs d’altitude ainsi que certaines agences népalaises ont aussi une part de responsabilité dans la situation actuelle de l’Everest. Pour l’association, une prise de conscience est nécessaire.

Les responsables politiques du pays ont aussi leur part de responsabilité. Il est urgent selon l’association qu’ils prennent leur responsabilité face à cette catastrophe environnementale. Et pas seulement pour l’Everest, mais pour tous les autres sommets du pays. « On pourrait penser a priori que pour un pays aussi pauvre que le Népal, il s’agit d’un problème financier. Pour l’Everest, le problème n’est pas financier mais politique au sens noble du terme. Rappelons à toutes fins utiles que le Gouvernement népalais à travers le MoT (Ministry of Tourism) perçoit de substantielles royalities lors de l’émission des permis d’ascension d’un coût unitaire de 11 000 $ par postulant à l’ascension de l’Everest. Plus de 700 permis ont été émis en 2017. En année moyenne, rapportée à 500 permis émis, cela constituerait une manne de plus de 5,5 millions de $. Imaginez seulement 10% de cette manne consacrée à redonner à l’Everest sa pureté originelle », indique l’association dans son rapport.

La pollution sur l’Everest devient alarmante. Si des mesures fortes, incitatives voire coercitives ne sont pas prises très rapidement, la situation pourrait se dégrader davantage. Surtout que la fréquentation de ce sommet mythique est en plein développement.

Crédit : Montagne et Partage

Alice Glaz

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