Le savon de Marseille, « made in France » ou « made in Provence » ?

Publié le 13 décembre 2017 à 10:50 Aujourd'hui | 1450 vues

Faire reconnaître le savon de Marseille comme un processus de fabrication français, tel est le combat de l’Association « Savon de Marseille de France », nouvellement créée. Face à elle, deux autres associations qui se battent depuis plusieurs années afin d’obtenir une IGPIA plus locale. 

C’est bien connu, le savon de Marseille est utile pour tout. Allié beauté pour les plus coquettes, il peut également être utilisé sous forme de copeaux pour entretenir et laver sa maison ainsi que son linge. Mais savez-vous que le savon de Marseille n’a jamais été produit uniquement dans la cité phocéenne ? Ce produit, connu de tous, est élaboré depuis le début du XIXè siècle dans la région de Nantes puis, s’est même exporté jusque dans les Alpes ainsi qu’en région parisienne.

C’est justement pour cette raison que l’Association « Savon de Marseille de France » (ASDMF) a été créée. Cette dernière, regroupant la Savonnerie de l’Atlantique, Provendi, Lorcos, Bernard Cosmetics, la maison d’Orient Alepia et l’AFISE (Association des industries de la détergence, de l’entretien et des produits d’hygiène industrielle), a récemment déposé un dossier auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI). Son but : faire « reconnaître le « savon de Marseille » comme un procédé de fabrication », et non comme un produit lié à une situation géographique avec une IGPIA France (Indication Géographique protégeant les produits industriels et artisanaux). Selon l’Association, «  »l’enfermer » [le savon] aujourd’hui dans une indication géographique, n’a pas de sens, le savon de Marseille est produit partout ou presque en France depuis des siècles ». Le président de l’ASDMF Pascal Marchal souhaite d’ailleurs « assurer et rassurer sur le fait que c’est l’appellation « procédé de fabrication » qui est la bonne pour le savon de Marseille du XXIe siècle ».

Déjà plusieurs demandes d’IGPIA

Et c’est là tout le problème puisque deux autres associations ont déjà fait une demande d’IGPIA concernant le savon de Marseille mais en jouant sur le côté local du produit. C’est notamment le cas de l’Union des Professionnels du Savon de Marseille (UPSM). Composé de quatre savonneries de la région marseillaise, l’organisme a déposé en décembre 2015 un dossier de candidature pour que le savon de Marseille soit reconnu par une Indication Géographique. Autrement dit, pour pouvoir s’appeler « savon de Marseille », le produit doit, selon eux, répondre à trois critères qui sont : « le savon doit être fabriqué à chaud selon un process de saponification appelé procédé marseillais, qui se déroule en cinq étapes : l’empâtage, le relargage, la cuisson, le lavage et la liquidation », « les matières premières sont au nombre de sept au maximum, toutes végétales » et enfin « le lieu de fabrication est le département des Bouches-du-Rhône, berceau historique du savon de Marseille et seul lieu où l’on fabrique les savons selon le procédé marseillais, qui a traversé les siècles ».

Très vite, l’Association des Fabricants de Savon de Marseille a elle aussi fait une demande d’IGPIA, mais à quelques différences prés. Selon elle, la zone géographique de la fabrication de ce savon va au-delà de celle de l’UPSM. Elle comprend les Bouches-du-Rhône, le Var, les Alpes de Haute-Provence et la Drôme Provençale (Nyons et Buis-les-Baronnies).

Entre ces deux organismes, l’Association « Savon de Marseille de France ». Cette dernière propose une IGPIA France « pour que tous les acteurs sur le territoire national, qu’ils soient de Marseille ou d’ailleurs », soient reconnus. Une idée déjà validée et approuvée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répressions des fraudes (DGCCRF) et l’interprofession avec le code AFISE en 2003. Ce dernier exclut l’appellation « de Marseille » et définit le savon de Marseille sur la base d’un procédé de fabrication. « Pourtant, le code AFISE est aujourd’hui remis en cause », déplore Pascal Marchal. « Or, il est le seul à avoir adapté le « savon de Marseille » aux évolutions de la société », précise-t-il.

Un risque sur les emplois

Pour appuyer ses propos, l’ASDMF est ferme. Limiter l’IGPIA à la simple région du sud de la France comporte des risques. « Cela conduirait à la perte inéluctable non seulement d’un savoir-faire français et d’emplois, mais aussi la perte d’une demande ouverte et internationale pour nos entreprises françaises », explique l’ASDMF dans un communiqué. D’ailleurs cela en prend déjà le chemin. Le président de Provendi, et vice-président de l’ASDMF Xavier Thiry a révélé que certains de ses clients avaient renoncé à passer commandes auprès de lui à cause de ce « flou » autour des IGPIA.

« L’autre risque pour la société française, les entreprises et les consommateurs, est que la production de « savon de Marseille » […] ne suive pas la demande croissante, provoque une envolée des prix et une pénurie », ajoute l’ASDMF dans ce même communiqué. D’ailleurs, concernant les tarifs, le président de l’association estime que cela commence à être indécent de voir des cubes de savon vendus à 6 ou 7 euros. « Deux, trois, quatre euros, c’est bien », précise-t-il.

L’INPI, embêtée par cette situation, n’a jamais tranché sur le sujet, bien qu’elle aurait dû rendre une décision il y a plusieurs mois déjà. L’arrivée de ce nouveau dossier risque de compliquer la tâche. D’ailleurs, l’un des risques est que l’INPI rejette tous les dossiers et ordonne aux trois organismes de se réunir pour qu’ils trouvent un accord. L’Institut pourrait également trancher en faveur d’une des trois candidatures, ce qui signifierait, pour le consommateur, « qu’il existe un authentique savon de Marseille et plein de faux, ce qui n’est pas vrai », explique Pascal Marchal.

Marie Bascoulergue

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